Je pousse la porte, non sans une certaine crainte du regard du tenant de la boutique que je crains élitiste, et respire à plein poumon cette poussière caractéristique du vieux que l'on retrouve dans pas mal de grenier ou de maisons de vacances laissées à l'abandon. Seul parfum qui éveille les souvenirs lointains et surtout bons. C'est la partie pour l'odorat. Le toucher va bientôt s'en donner à coeur joie. Pour le moment, c'est la vue qui prend la plus grosse partie des performances de mon être... Des rayons de vinyles à en lâcher les vannes urinaires tant l'émotion de la jeune pucelle que je suis fut au maximum.
Oui, j'ai eu le mauvais goût de naître à Montauban au début des années 80, ce qui eut pour conséquence la rareté du disquaire (seul le Mammouth de la ville proposait un ridicule bac de vinyles à l'entrée) et la première fois que je me suis aventuré dans une FNAC, le laser avait déjà pris ses aises...
La recherche de perles rares a succombé en un rien de temps puisque seuls les cadors viennent ici pour acquérir des 33 tours, les autres passants sont des curieux d'une vingtaine d'années qui se demandaient à quoi ressemblaient ces étranges objets qu'usaient leurs parents dans leur mange-disque (bande de petits salauds) Ainsi, je n'ai pas eu grand mal à retrouver le 33t de Pierre Henry qui m'entête depuis pas mal de temps... Outre le thème de Psyché Rock qui reste l'un de mes morceaux psychés favoris, son Voyage angoissant et enivrant prend toute sa saveur en version vinyle. Essaye de l'écouter dans une obscurité totale sous tes draps, ami lecteur, et tu retrouveras les angoisses spécifiques de ton enfance quand venait la nuit. Les crépitements caractéristiques du disque ajoutent une part de cette authenticité perdue dans la compression numérique ou le MP3.
Car ce sont ces imperfections, contradictoires avec la qualité sonore de l'objet qui se rapproche de la perfection, que je recherche en premier lieu. Ce que le disquaire a visiblement eu du mal à entendre. Faut le comprendre : lui qui s'emmerde à passer les disques qu'il récupère à l'alcool afin de rendre la grosse galette lisible, voir en face de lui une pucelle qui s'émoustille quand une rayure se fait entendre peut provoquer une certaine haine. Mais bon... Les MP3 sont là pour palier à ce problème, non ?
Pas de rancoeur de sa part à mon départ - et après avoir réglé une note assez corsée car je me suis aussi pris les deux albums best-of des Fab Four - puisqu'il a eu la générosité de m'offrir un 33 tours live de Joan Baez lors de l'une de ses tournées européennes. Un peu de folk contestataire en ces temps si maussades, ça reste de bon aloi.
Et puis, j'ai enfin trouvé quelqu'un à qui refourguer les ignobles 33 tours de J-P Smet collectionnés par mon géniteur... I'm so sorry, Daddy : I've lost Johnny !
Jim Noir - Good old vinyl


