Le technicien embauché par une grande société de services
informatiques est toujours content. Son sourire et sa bonhommie ne sont pas le résultat d'un salaire qui tendrait plus à le faire pleurer mais ils sont justifiés par les opportunités
professionnelles qui s'offrent à lui dans un tel contexte.
En effet, si le technicien informatique alimente une bonne relation (comprendre : lécher continuellement les bottes) avec son Contract Manager (comprendre : son responsable qui "vend" le technicien
à sa clientèle), il se verra fournir une multitude de missions dans des domaines professionnels divers et variés. Ainsi, la routine s'estompe au profit de perpétuelles découvertes aguichantes et
d'une mise en pratique de compétences pour le compte de diverses entreprises, qu'elles soient publiques ou privées.
Cependant, il arrive que la conjoncture économique fasse du tort à l'entreprise qui emploie le technicien informatique. Les appels d'offres se font rares, les marchés sont réattribués à d'autres
sociétés de services informatiques moins onéreuses et il devient donc difficile de proposer une mission au technicien informatique. Ce dernier se retrouve donc dans la phase appelée
l'intermission.
Si les relations avec le Contract Manager ne comportaient alors aucun nuage, elles commencent à s'assombrir. En effet, si le Contract Manager n'a plus de missions à proposer à son
poulain, pourquoi alors s'entêterait-il à le garder ? Malheureusement, cette saloperie de code du travail est passée par là et il devient difficile de licencier un employé avec qui on a signé un
Contrat à Durée Indéterminée. A l'image du gamin qui ne sait plus où ranger le cadeau de Noël qu'il a reçu il y a six mois et pour lequel il fait preuve d'un désintéressement total(symptomatique
chez les morveux), le Contract Manager n'a plus tellement envie de jouer avec le technicien informatique.
C'est alors qu'il va le caser à un endroit où il n'entendra plus parler de lui : dans les sous-sols des locaux de la société de services informatiques où le technicien se fera une grande joie de
mettre en pratique ses compétences les plus basiques : le nettoyage de claviers et de souris ou le rangement du stock de pièces, au choix.
Mais le technicien informatique ne se laisse pas démonter. C'est au terme de plusieurs mois durant lesquels le pauvre Contract Manager aura vu sa boite mail inondée par les requêtes et le
mécontentement des syndicats qu'il va trouver la bonne idée. Jouer sur la naïveté du technicien pour s'en débarrasser de manière radicale en lui faisant signer une lettre de mission diaboliquement
rédigée par son assistante.
A ce stade, nous faisons également face à deux choix. Le premier consiste à faire signer une lettre de mission envoyant le technicien informatique dans une région éloignée pour une courte période.
Période étant définie sur la lettre de mission par la mention "proportionnelle aux besoins du client". Le technicien naïf qui recherche à tout prix un travail valorisant signera
cette feuille les yeux fermés, pensant que ce voyage sera temporaire. Il y restera plusieurs années avant de démissionner de lui-même.
Le second consiste à faire signer une autre lettre de mission dont l'intitulé reste flou. Le technicien sera ravi de participer à "une maintenance préventive du parc informatique" d'un très gros
client à la demande de son Contract Manager bienveillant. Il ne sait pas pour le moment que la prévention consiste à dépoussiérer les unités centrales durant toute la journée afin d'éviter les
éventuelles pannes de ventilation ou de surchauffe. Il le saura dès son arrivée sur le site.
Tu constateras alors, ami lecteur qui a pris connaissance de ce genre de pratiques, que lorsque le technicien informatique mentionne son Contract Manager dans ses discours, ce dernier dispose
souvent d'un qualificatif peu reluisant. Car c'est bel et bien un enculé.