Ils sont séparés par ce fichu grillage, protégeant ainsi le site aéronautique des visiteurs indésirables.
Elle est du côté de la chaussée, la voiture mal stationnée en bordure de trottoir mais ça, c'est une habitude dans la région toulousaine. Les feux de stationnement lui font croire qu'elle est ainsi
dans son droit. Elle a un regard très noir, incompatible avec ses cheveux d'un blond clair qui en appelle à la paix. Mais ici, elle est visiblement en colère.
En colère contre ce type, de l'autre côté du grillage. Il est grand, il est noir, il a le bleu de travail qui lui tombe aux genoux. Et il est surtout impatient de finir cette conversation qu'il
redoutait tant. Il sait pertinemment que lorsque chacun repartira de son côté, il en aura fini avec ce boulet qu'il traîne (depuis combien de temps, d'ailleurs ?) Il est indéniable que dans cette
situation, il est en rapport de force.
Rapport de force renforcé par ce grillage. Derrière cette protection de sécurité basique, rien ne peut lui arriver : les mots qu'elle lui enverra à la gueule ne l'atteindront pas, les coups
physiques seront impossibles et si par malheur elle se mettrait à pleurer, il ne pourra pas se sentir obliger de la prendre dans ses bras. Ainsi, il pourra s'enfuir sans avoir de culpabilité ou de
honte. Et elle comprendra à ce moment que tout est fini, que les négociations seront vaines, qu'il faudra passer à autre chose. Chacun s'éloignant de cette barrière, se dirigeant vers un
horizon différent.
Ca finit toujours comme ça, une histoire. Il y a toujours un lâche et toujours un autre qui en subit les conséquences. Le grillage ne peut que renforcer cet acte de lâcheté. Tout comme une lettre
postale, un coup de fil. Voire pire : un SMS ou un mail... Voire le silence qui en dit long.
A toutes celles et tous ceux qui ont pris de plein fouet ce manque de courage, cette hypocrisie, ces interrogations qui prennent la totalité des capacités cérébrales la nuit venue. A
celles et ceux qui ont toujours vécu dans la franchise mais qui sont tombés de haut par un tel manque de
corones. Je les invite à lever le verre à ces illusions détruites par la lâcheté de
ces ignobles individus. Parce qu'il est certain que des jours meilleurs s'incrusteront dans chacune de nos vies. Et parce que ce n'est pas le cas de tout le monde : contrairement à ces
salauds, on en vaut la peine...
Amen !